ÉDITO | Lettre paysanne - mars 2026
Nouvelles tensions géopolitiques, nouveau choc pour le secteur agricole. Si la guerre au Moyen-Orient et la crise énergétique impactent l’ensemble de notre économie, le secteur agricole est particulièrement touché. La raison est claire : notre système agricole est fortement dépendant des énergies fossiles et des intrants importés, en particulier des engrais azotés.
Ces derniers sont au cœur de la transformation du secteur depuis les années 1960, en constituant la base de la fertilisation des cultures. Problème : ils sont majoritairement produits hors de notre territoire et à partir de gaz fossile, révélant une situation de vulnérabilité évidente (doublée d’un d’impact climatique non-négligeable).
La nouvelle flambée des prix des engrais azotés nous rappelle donc la nécessité de repenser le cycle de l’azote en agriculture. Il en va de la résilience de nos fermes, mais aussi de la préservation de l’environnement (l’utilisation excessive de ces intrants ayant des impacts notamment sur la qualité de l’eau).
Lors de notre Congrès l'année passée, une table ronde a été consacrée à ce sujet, avec la participation du Ministre Coppieters et d’un représentant du Shift Project. Plusieurs leviers ont été discutés pour tendre vers un meilleur bouclage du cycle de l’azote.
Un premier enjeu est la substitution de l’azote minéral par des processus biologiques. L’un des leviers clés est la réintroduction des légumineuses, capables de fixer l’azote atmosphérique. Mais pour intégrer durablement ces cultures dans nos rotations, il faut des débouchés et des prix justes. Aujourd’hui, leur développement reste freiné par la concurrence internationale. La FUGEA sera d’ailleurs auditionnée au Parlement wallon sur le CETA le 24 avril ; nous y reviendrons dans la prochaine Lettre Paysanne.
En élevage, les systèmes autonomes, basés sur la prairie, sont également des atouts essentiels. Ils permettent de limiter l’usage des engrais minéraux grâce au recyclage de l’azote via les déjections. Les pertes azotées sont réduites grâce à la couverture végétale permanente. En misant sur l’autonomie fourragère, les éleveurs diminuent aussi les importations de soja, qui déséquilibrent le cycle de l’azote.
Ce modèle d’élevage fait l’objet du dossier de ce mensuel. Il est également au cœur de nos groupes « pâturage et autonomie », qui proposent des visites de fermes et des échanges entre pairs pour mieux valoriser l’herbe et renforcer l’autonomie des élevages.
Nous le constatons sur le terrain : limiter les intrants importés, c’est gagner en stabilité et en maîtrise des coûts. Réduire cette dépendance, c’est donc améliorer la résilience de notre système alimentaire. La FUGEA continuera à défendre des politiques allant dans ce sens !