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Célébrer les agricultrices ne suffit pas !

ÉDITO | mars 2026

Chaque année, le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le monde agricole se découvre une ferveur particulière pour les agricultrices. Pendant vingt-quatre heures, les réseaux sociaux de la profession se parent de portraits de femmes dans les champs, à la traite, et parfois même au volant d’un tracteur ! Les messages se multiplient pour rappeler leur rôle essentiel dans le secteur. Si on ne peut que se réjouir de cette appropriation d’une date symbolique, la FUGEA doute que cette communication soignée soit accompagnée d’une volonté réelle de changement.

Car une question demeure : où sont les femmes lorsque se prennent les décisions ? Qui s’est indigné de la quasi-absence d’agricultrices au sein du Collège des producteurs ? Qui se mobilise pour garantir aux femmes un accès au crédit et au foncier équivalent à celui des hommes ? Qui remet sérieusement en question l’organisation encore largement patriarcale du travail dans les fermes ? La réponse est malheureusement dans la question : presque personne !

La Wallonie s’est engagée à élaborer une stratégie de genre pour les quatre prochaines années. Mais, contrairement à d’autres dossiers agricoles – qu’il s’agisse de la Politique agricole commune, du Programme de gestion durable de l’azote ou encore des débats sur les phytos – aucune véritable concertation avec le secteur n’a été organisée. Cette réalité en traduit une autre : l’égalité entre les hommes et les femmes reste un sous-sujet, une sous-préoccupation, malgré les déclarations enthousiastes qui fleurissent chaque 8 mars.

Pourtant, l’égalité ne progressera pas dans le monde agricole sans un engagement clair des politiques publiques, de la recherche et du secteur lui-même. Comme le rappelle très justement la sociologue Clémentine Comer, l’égalité est un sujet technique comme un autre : elle nécessite des outils, des dispositifs et des politiques publiques, pas seulement des négociations dans la sphère privée.

Le slogan féministe l’a rappelé depuis longtemps : le privé est politique. Autrement dit, l’organisation du travail, la répartition des responsabilités et l’accès aux ressources dans les fermes ne relèvent pas uniquement de choix individuels. Ils sont aussi le produit de structures sociales et économiques. Les faire évoluer suppose d’ouvrir la « boîte noire » de l’égalité — et d’accepter les résistances que cette démarche ne manquera pas de susciter. Car sans ce débat de fond, les hommages du 8 mars risquent de rester ce qu’ils sont trop souvent aujourd’hui : des images inspirantes pour les réseaux sociaux, mais sans véritable portée pour transformer la réalité.

Face à ces constats, la FUGEA a également élaboré « un plan genre » regroupant nos propositions pour agir concrètement contre ces inégalités. Retrouvez ce document avec toutes nos propositions via ce QR Code (ou sur le site de la FUGEA).

Par ailleurs, dans le cadre de l’Année internationale des agricultrices proclamée par l’ONU en 2026, la FUGEA organise différentes activités sur le terrain :

  •  2 avril : Formation « Travailler sans se blesser » à Gerpinnes avec Prevent-Agri
  •  Édition 2026 du Concours « Qu’elle est Belle ma Prairie » spécial agricultrices et agricultrices aidantes en association
  •  juin : Visite de la ferme La P’tite Nature sur le terrain de Manue, maraichère avec une équipe uniquement composée de femmes



Les combats des agriculteurs face à l'Europe