mardi 16 juin 2026
Ce mercredi 17 juin, la ratification du CETA sera à l’ordre du jour de la séance plénière du Parlement wallon. À cette occasion, la FUGEA appelle les députés wallons à rejeter cet accord dans sa forme actuelle.
Pour rappel, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA) est déjà appliqué à titre provisoire depuis 2017, mais doit encore être ratifié par l’ensemble des États membres (dont la Belgique) pour entrer en vigueur de manière complète et définitive.
Lors de son audition devant la Commission des questions européennes du Parlement de Wallonie, la FUGEA a rappelé une position constante : l'agriculture ne peut être considérée comme une simple variable d'ajustement des politiques de libre-échange. Il est nécessaire de construire un cadre commercial alternatif fondé sur la souveraineté alimentaire, telle que définie par La Via Campesina.
L'Union européenne a besoin d'alliés dans un monde instable, mais cela ne peut se faire au détriment de notre souveraineté alimentaire, de notre santé et de notre planète. Chaque accord commercial devrait être une opportunité d'imposer des règles justes et durables.
Cette vision rejoint d'ailleurs les engagements pris par le Gouvernement wallon dans sa Déclaration de politique régionale, qui affirme vouloir « plaider pour l'exception agricole qui signifie que nous acceptons les échanges internationaux mais que nous refusons les pratiques déloyales qui déforcent notre souveraineté alimentaire en acceptant des produits qui ne respectent pas nos standards sanitaires, phytosanitaires et environnementaux » et exige que « des clauses miroirs soient incluses dans les accords de libre-échange ».
Or, le CETA ne répond pas à ces exigences fondamentales. L'accord ne comporte pas de véritables clauses miroirs permettant de garantir que les produits importés respectent les mêmes règles que celles imposées aux agriculteurs européens. Son chapitre consacré au commerce et au développement durable demeure non contraignant, laissant subsister des distorsions de concurrence importantes.
Dans la filière bovine, le CETA ouvre un contingent de 65 000 tonnes de viande à droit de douane nul. Si ce quota est aujourd'hui peu utilisé, notamment en raison de l'interdiction des hormones de croissance dans l'Union européenne, rien ne garantit que cette situation perdure. Ratifier aujourd'hui revient à accepter un mécanisme dont les conséquences pourraient évoluer demain.
Les inquiétudes concernent également les productions végétales. L'accord facilite les importations de lentilles canadiennes, dont les droits de douane ont été supprimés, alors que les producteurs européens doivent respecter des exigences environnementales et sanitaires plus strictes. Certaines substances interdites dans nos champs, comme la métribuzine, restent autorisées au Canada. De même, l'usage du glyphosate jusqu'à quelques jours avant la récolte y est pratiqué (pratique prohibée chez nous).
Au-delà de ces exemples, c'est le modèle agricole que nous souhaitons construire qui est en jeu. Le Dialogue stratégique sur l'avenir de l'agriculture de l'Union européenne souligne la nécessité de règles commerciales plus justes et plus équilibrées. Pourtant, la poursuite d'accords de libre-échange sans garanties suffisantes alimente une concurrence déloyale et pousse certains à réclamer un affaiblissement de nos propres normes pour rester compétitifs sur notre marché.
La FUGEA refuse cette logique. Nous croyons qu'il est possible de développer des relations commerciales internationales tout en protégeant les agriculteurs qui investissent dans des pratiques respectueuses de l'environnement, du climat et de la santé des consommateurs.
Ce vote constitue une occasion de donner un signal clair : celui d'une Wallonie cohérente avec ses engagements en faveur de l'exception agricole, de la souveraineté alimentaire et de l'instauration de véritables clauses miroirs dans les accords commerciaux.
La FUGEA appelle dès lors le Parlement wallon à rejeter la ratification du CETA en l’état.