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Foncier agricole : NTF dans les starting-blocks pour détricoter le bail à ferme

communiqué de presse - 21 novembre 2025

Le 6 novembre dernier, la ministre de l’Agriculture Anne-Catherine Dalcq présentait au Gouvernement wallon une note d’orientation pour faciliter l’accès aux terres agricoles. La volonté de la Ministre, partagée par une grande partie du secteur, est de garantir une agriculture à taille humaine et une Wallonie souveraine dans son alimentation. Cinq groupes de travail seront mis en place dans les prochaines semaines pour réfléchir aux pistes d’action. En vue ces rencontres, NTF, le syndicat des propriétaires, a rappelé dans une Opinion publiée par La Libre Belgique le 17 novembre sa volonté de détricoter le bail à ferme. La FUGEA répond point par point à son argumentaire. 

Tant du côté des propriétaires que du monde agricole, le contexte est connu :  la valeur moyenne des terres a augmenté de 44 % entre 2017 et 2023, passant de 27 205 €/ha à 39 216 €/ha, et 45 % des terres sont désormais achetées par des non-agriculteurs. Si nous ne remettons nullement en question ces faits chiffrés, nous sommes en profond désaccord quant à leur interprétation.  

« Les agriculteurs tiennent les rênes du foncier » : vraiment ? 

Monsieur Cassart, secrétaire général de NTF (Nature, terres et forêts), tente de renverser l’argumentaire en rappelant que 55 % des terres vendues sont acquises par des agriculteur∙rices. Pour lui, il est dès lors évident que « les agriculteurs tiennent les rênes du foncier ».  Pourtant, la question reste en suspens : qui rachète près de 45 % des terres agricoles échangées chaque année ? Et surtout, quelles sont les intentions de ces nouveaux propriétaires ? Investir autant pour recevoir un fermage jugé insuffisant par le syndicat des propriétaires ? Nous avons des doutes. 

Dans son opinion, NTF caricature un monde agricole « alarmiste », qui fantasmerait une soi-disant spéculation étrangère. Les agriculteur∙rices ne s’intéressent pas à la nationalité des acquéreurs. Ils s’inquiètent des montants astronomiques mis sur la table, sans lien avec la rentabilité réelle des terres, les empêchant de faire valoir leur droit de préemption. Ils s’inquiètent de recevoir un congé pour exploitation personnelle d’une soi-disant « société agricole ». Ils s’inquiètent de voir arriver la fin de leur bail.  

Flexibiliser pour fragiliser le secteur 

Le bail à ferme a été créé pour protéger l’agriculteur∙rice en lui garantissant un usage à long terme de son outil de travail principal : la terre. Mais pour NTF, garantir l’accès à la terre aux agriculteur∙rices à travers un contrat sécurisé est trop « rigide » pour les propriétaires qui n’auraient d’autres choix que de le contourner à travers des locations annuelles. La solution selon Monsieur Cassart ? Flexibiliser les contrats de location en accordant davantage de liberté aux parties contractantes. Dans les faits, cette flexibilité se traduira dans les campagnes par une mise en concurrence à large échelle des agriculteur∙rices, la terre allant aux exploitant∙es les moins exigeant∙es et les plus fortuné∙es.  

NTF affirme vouloir moderniser le bail à ferme pour installer des jeunes agriculteur∙rices et assurer la transmission des exploitations. Mais restons sérieux, sans garantie d’un accès pérenne à leur outil de travail, quelle banque suivra un∙e jeune désireux∙se de s’installer ? 

Des fermages pas à la hauteur? Les revenus agricoles non plus. 

Monsieur Cassart regrette également que les loyers plafonnés restent en deçà de l'inflation. Pour rappel, les fermages ne sont pas figés dans le temps. Ils sont indexés suivant deux critères : l’évolution de l’IPC (Indice des Prix à la Consommation) et l’évolution du revenu du travail agricole par hectare. De plus, il existe une majoration de ceux-ci pour les baux de longue durée. 

Il nous semble aussi important de rappeler que le prix des denrées alimentaires payés aux agriculteurs suit exactement la même logique. D’après Philippe Burny, économiste et professeur à la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech, « le prix des céréales à l’heure actuelle est le même que celui d’il y a 50 ansIl n’y a eu absolument aucune inflation ». Dans ce contexte, il nous parait indispensable de maintenir un encadrement des fermages. 

Réforme du bail à ferme 2020 : les propriétaires grands gagnants  

À la lecture de l’Opinion de Monsieur Cassart, nous suggérons à NTF de relire attentivement la réforme du bail à ferme finalisée en 2020 par le ministre Collin. De nombreuses avancées ont à l’époque été consenties aux propriétaires, au détriment des agriculteur.rices : fin du bail à perpétuité, possibilité de vendre 2 ha libre de droit, augmentation des avantages fiscaux, obligation de notifier les échanges au bailleur, indexation du fermage, congé pour les pensionnés, etc. La liste est longue... mais apparemment pas suffisamment pour les propriétaires ! 

Attaquer pour discuter ? 

Le secrétaire général de NTF dit vouloir sortir du climat de défiance entre agriculteur.rices et propriétaires. Si cette volonté est bien réelle, nous ne pouvons qu’interroger la stratégie offensive déployée par Monsieur Cassart. En effet, attaquer les fondements du bail à ferme à travers une sortie médiatique ne rendront certainement pas les débats à venir plus sereins.  

L’accès à la terre : bien plus qu'une question de bail à ferme  

L’accès à la terre en Wallonie constitue un enjeu complexe et structurel qui nécessite une réponse globale. Le bail à ferme en est l’un des leviers, mais il est loin de suffire à lui seul. Définition du statut d’agriculteur actif, encadrement de la spéculation foncière, gestion des terres publiques, soutien à la transmission des exploitations, aménagement du territoire… Seule une combinaison cohérente de mesures permettra d’inverser la tendance actuelle.  

 

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