L’alimentation scolaire est un levier majeur pour soutenir la santé de nos enfants. Elle renforce la qualité des conditions d’apprentissage, et dès lors la lutte contre l’échec scolaire. Elle diminue la précarité alimentaire et contribue à la lutte contre la pauvreté. Elle garantit plus de bien-être aux enfants et à leur famille. Enfin, elle participe concrètement à la durabilité du système agricole. Assurer un repas complet de qualité à midi devrait d’autant plus être adressé de manière prioritaire quand on sait qu’en Wallonie, une mère sur sept se prive parfois de manger à sa faim pour que son enfant puisse manger.
De fait, depuis plus de dix ans, suite à un long travail de concertation et négociation, le secteur et les associations avaient permis l’émergence des prémices d’une politique d’alimentation scolaire. Dès les premiers plans de lutte contre la pauvreté, la question des repas scolaires faisait partie des leviers mobilisés, à la fois pour lutter contre la pauvreté et renforcer le lien entre agriculture durable et alimentation de qualité. Ceci avec la conviction qu’il fallait intensifier encore les acquis. Pourtant, l’alimentation scolaire pâtit aujourd’hui de mesures régressives dont les impacts affecteront de nombreux secteurs.
Les décisions prises en FWB entraînent une économie de 16 millions d’euros au détriment des écoles accueillant les publics les plus fragilisés. Pour pallier la diminution drastique du budget dédié aux repas gratuits et continuer à organiser des repas, ces écoles pourraient puiser dans leurs dotations “encadrement différencié”. Mais ce serait alors au sacrifice du soutien pédagogique qu’elles apportaient jusqu’alors. Même dans cette hypothèse peu probable, la subvention par repas chuterait tout de même de 3,70 € à entre 0,45 € et 1,35 € (selon les scénarios étudiés). Chacun comprend que ce n’est pas suffisant pour organiser des repas complets. La gratuité des repas scolaires pour les enfants les plus défavorisés ne pourra donc pas être maintenue. Les parents devront compenser en payant entre 38 et 52 € par mois et par enfant, une somme largement inaccessible pour des familles toutes issues de milieux très précarisés. D’autant que ces familles sont confrontées à l’augmentation du coût de la scolarité de leurs enfants ou encore aux effets de décisions fédérales sur leur situation financière, dont la réforme du chômage.
L’abrogation du décret risque d’entraîner une diminution massive de la fréquentation des repas chauds. Dans les situations que nous avons pu documenter, les repas gratuits avaient fait passer le taux d’inscription des élèves de 10–15 % à 40-60 %. Les opérateurs estiment que le retour à des repas payants pourrait provoquer une baisse de fréquentation de 40 à 70 %. Cette chute met en péril l’organisation même du service dans certaines écoles, en particulier celles dépendant de cuisines collectives externes (la grande majorité des cas). De nombreuses écoles pourraient décider de mettre fin au service de repas ou de proposer uniquement un potage.
Dans de nombreux établissements, cela revient donc à la disparition de facto des repas chauds. Pour les élèves concernés, les conséquences sont lourdes : pour beaucoup de ces familles particulièrement exposées à la pauvreté, le repas scolaire est souvent le seul repas chaud complet de la journée.
Toute la filière de l’alimentation durable sera affectée : le secteur des repas scolaires joue un rôle crucial pour le développement des circuits courts et de l’agriculture durable. Les cuisines de collectivité dépendent fortement de la commande de repas scolaires. La préservation d’emplois est donc également en jeu. Une entreprise comme TCO Service s’attend à une baisse de 20% des commandes, et estime que ceci conduirait à une diminution de son personnel de l’ordre de 10%. Par ailleurs, cela provoquerait également des pertes considérables en termes de débouchés pour les agriculteurs wallons engagés dans la production durable. En effet, de nombreux fournisseurs de repas ont construit des relations commerciales de long-terme avec des coopératives qui rassemblent des petits producteurs locaux et bios. Le recul relatif à la gratuité des repas hypothèque les perspectives de développement de débouchés pour ces agriculteurs, affaiblissant notre souveraineté alimentaire et la résilience des territoires.
La Belgique francophone se placerait ainsi en rupture avec la dynamique européenne. Alors que de nombreux pays renforcent leurs politiques alimentaires (repas gratuits universels dans 5 pays de l’UE et subsides pour favoriser l’accessibilité dans 20 autres), la Belgique francophone régresse. Cette situation compromet le respect par notre pays des engagements pris dans le cadre de la Garantie européenne pour l’enfance. Celle-ci vise à garantir aux enfants un accès effectif, voire gratuit à au moins un repas sain par jour d'école.
Les signataires proposent, au contraire, de (re)lancer une réelle politique ambitieuse d’alimentation scolaire. De nombreuses études démontrent que des repas scolaires de qualité et bien pensés peuvent enclencher un cercle vertueux dans de nombreux domaines : la santé et le bien-être (déterminants sociaux, réduction de l’obésité, paramètres métaboliques améliorés, meilleure santé mentale), la réussite scolaire (hausse de la fréquentation, meilleure concentration, renforcement des capacités d’apprentissage et mémorisation), la réduction des inégalités, le développement territorial (installation de cuisines de collectivité, débouchés pour les agriculteurs locaux), et la protection de l’environnement et la biodiversité (pratiques agricoles plus durables). Les externalités positives sont également budgétaires : une alimentation de qualité réduit à long terme les coûts de santé.
Les organisations suivantes appellent conjointement les autorités politiques à agir d’ici l’ajustement budgétaire de la mi-2026 pour préserver la viabilité des projets existants pour les écoles inscrites jusqu’ici dans le projet de repas complets, gratuits, sains et durables.
Elles appellent ensuite la Fédération Wallonie-Bruxelles, les Régions et le Fédéral à s’inscrire dans une politique coordonnée et ambitieuse d’alimentation scolaire, qui porte attention à la fois à l’accessibilité et à la qualité des repas scolaires.
Co-signataires :
- · Ecole à Table
- · Ligue des familles
- · Délégué général aux droits de l’enfant
- · FAPEO
- · UFAPEC
- · Société Scientifique de Médecine Générale - Cellule Environnement
- · Solidaris
- · Food as Medicine Foundation
- · RWLP
- · Action Vivre Ensemble
- · Le Forum - Bruxelles contre les inégalités
- · ATD Quart Monde Belgique
- · Fédération des Services Sociaux
- · La FUGEA
- · Union Nationale des Agriculteurs.trices Bio de Wallonie
- · CNCD-11.11.11
- · FIAN Belgium
- · CSC Enseignement
- · CGSP Enseignement
- · SEL SETCA
- · SLFP Enseignement
- · APPEL
- · TCO Service
- · Ekillibre
- · ISoSL (Intercommunale de soins spécialisés de Liège)
- · Paysans-Artisans
- · Terra Alter
- · Good Planet
- · Mamy Home
- · Duo Catering
- · Groupe One
- · Cuisines de quartier
- · Arsenic2
- · As Bean
- · Ceinture Alimen-terre Liégeoise
- · Ceinture Alimentaire Namuroise
- · RATaV– Réseau Aliment-Terre de l’arrondissement de Verviers
- · CACM – Ceinture alimentaire Charleroi-Métropole
- · BAL – Bretelle alimentaire de la Province de Luxembourg
- · CA-WAPI – Ceinture alimentaire de Wallonie picarde
- · GAL Culturalité en Hesbaye brabançonne
- · Fédération d'Économie sociale Alimentation durable et Circuit court (Créalim et 5C)
- · RADiS (Réseau Alimentaire Dinant Solidaire)
- · Réseau des GASAP (Groupes d’achats solidaires de l’agriculture paysanne)
- · Groupe d’Action Locale (GAL) Jesuishesbignon.be
- · Rikolto vzw Belgium
- · Rencontre des Continents
- · Culture & Santé asbl
- · Buy Better Food Campaign