Ce 24 mars à Canberra, la Commission européenne et le gouvernement australien ont signé un accord de libre-échange après plusieurs années de négociations. Alors que nos fermes subissent une instabilité politique permanente et des prix trop faibles pour couvrir leurs coûts, l’agriculture a une nouvelle fois servi de monnaie d’échange. Plusieurs secteurs sont directement touchés : viande bovine, viande ovine, sucre, entre autres.
Comme pour l’accord UE-Mercosur, la Commission choisit une nouvelle fois d’ouvrir davantage notre marché aux importations agricoles.
- Pour le sucre, un quota d'importation de 35.000 tonnes est accordé.
- Pour la viande bovine, les quotas sont multipliés par dix, pour atteindre plus de 30.000 tonnes : 55% de viande issue d’animaux nourris à l’herbe entreront sans droits de douane, et 45 % bénéficieront de droits réduits à 7,5%.
- Pour la viande ovine, un nouveau quota de 25.000 tonnes, entièrement en franchise de droits, est instauré.
Ces volumes s’ajoutent aux nombreux accords déjà conclus, accentuant encore la mise en concurrence directe de nos fermes sur les marchés mondiaux. Cette stratégie est dangereuse et aura une conséquence claire : la destruction de nos fermes et filières, et donc la délocalisation de notre agriculture.
Aujourd’hui déjà, un agneau sur cinq consommé en Europe est importé. En Belgique, c’est 80% de la viande ovine consommée qui est importée ! La Commission européenne souhaite-t-elle vraiment aggraver cette dépendance ?
La guerre au Moyen-Orient rappelle la fragilité de systèmes alimentaires massivement dépendants des énergies fossiles et de chaînes logistiques mondialisées. Plus que jamais, nous devons relocaliser notre alimentation et ainsi renforcer notre souveraineté alimentaire. Nous devons protéger les exploitations agricoles engagées dans des transitions indispensables pour la résilience et l’autonomie de nos territoires. En signant de tels accords, la Commission fait exactement l’inverse.
La Commission ignore également les conclusions du Dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture européenne, publié en septembre 2024. Ce rapport – aboutissement d’un long processus de concertation – appelait explicitement à une réforme profonde de la politique commerciale européenne. Plutôt que de suivre ces recommandations, la Commission poursuit ses pratiques habituelles malgré un contexte de plus en plus instable.
Ce modèle de commerce international fragilise nos fermes et leurs transitions, affaiblit notre capacité à produire une alimentation locale, et entraîne des impacts sociaux et environnementaux négatifs, incompatibles avec les ambitions européennes affichées.
Face à cette fuite en avant, la FUGEA continuera à se battre pour :
- Une régulation des marchés garantissant des prix justes pour les agriculteurs ;
- Un budget fort pour une PAC réellement commune, à la hauteur des défis ;
- Des mécanismes concrets pour soutenir l’installation des jeunes et la transition agroécologique.
La FUGEA appelle le Conseil et le parlement européen à s’opposer à cet accord. La relocalisation de notre alimentation et la protection de nos filières doivent redevenir des priorités. Nos fermes ont besoin de perspectives, pas d’importations supplémentaires. La FUGEA continuera à se battre pour des politiques agricoles et commerciales qui protègent nos fermes et leurs transitions.