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L’action en justice « Farmer Case » a débuté : la transition doit être collective

Vous l’avez certainement lu dans la presse, les plaidoiries du Farmer Case ont commencé le 19 novembre au Tribunal de Tournai. En mars 2024, Hugues Falys (agriculteur et administrateur à la FUGEA) avait assigné TotalEnergies pour sa responsabilité dans le dérèglement climatique. Les événements climatiques extrêmes ayant frappé sa ferme ces dernières années ont causé des dommages importants, notamment des pertes de rendements et une réduction du cheptel dans son système d’élevage à l’herbe en autonomie fourragère.

Le Farmer Case est la première « action climat » visant une entreprise multinationale en Belgique. Dans votre Lettre Paysanne de décembre 2024, Hugues était revenu en détail sur les raisons pour lesquelles il s’est lancé dans cette action, à laquelle d’ailleurs trois ONG (FIAN, Greenpeace et la Ligue des droits humains) se sont jointes pour lui donner une portée plus large.

Début des audiences

Le 19 novembre s’est donc tenu la première journée d’audiences lors de laquelle les avocates d’Hugues ont plaidé toute la journée. Au moment même où, à Belèm, au Brésil, la COP30 tentait vainement d’accoucher d’un texte censé aligner les États sur une trajectoire compatible avec le climat. Une mobilisation de soutien à l’action s’est tenue avant l’ouverture des audiences, à laquelle la FUGEA était présente. Le 10 décembre, ce fut au tour des avocats de TotalEnergies de plaider. Les 21 et 23 janvier 2026 auront lieu les audiences de répliques. Le jugement est ensuite attendu pour le printemps 2026.

L’impact du dérèglement climatique sur nos fermes

L’agriculture n’a pas de répit notamment sur le plan climatique. Les années difficiles et instables deviennent la norme. En Wallonie, huit agriculteurs sur dix rencontrent des difficultés en raison de la cause climatique. C’est le cas d’Hugues qui a dû faire face à plusieurs évènements climatiques extrêmes, notamment : un orage stationnaire en 2016, qui a détruit les champs de fraises et pommes de terre, et trois vagues de chaleur et sécheresses en 2018, 2 020 et 2 022 qui ont causé des pertes et l’ont obligé à calibrer la taille du troupeau à la production de nourriture. D’une moyenne de 160 bovins (entre 2000 et 2017), le cheptel était passé à une bonne centaine en 2022.

Mettre fin à l’impunité des multinationales

Malgré la résilience de l’agriculture défendue par Hugues – une agriculture en transition agroécologique – qui se veut la moins dépendante possible des énergies fossiles, sans engrais chimiques et pesticides, Hugues et les agriculteurs·rices ne peuvent pas lutter seuls contre ces évènements climatiques extrêmes dont la fréquence et l’intensité vont encore s’accélérer.

Cette action en justice utilise le droit comme un outil de changement positif pour la société. Hugues, de même que de nombreux agriculteurs·rices, font leur part sur le terrain et mettent en marche la transition. Mais l’enjeu du réchauffement climatique est immense. Tous les acteur·ices de la société doivent prendre leurs responsabilités y compris ces multinationales, puisque jusqu’ici, elles échappent de manière générale à toutes contraintes climatiques. Les principes qui les y obligent existent, notamment dans le droit international, mais il n’y a pas encore de structure spécifique qui veille aux contrôles de ces règles. Et ce n’est pas normal. L’effort doit être collectif. Contrairement à ce qu’elles veulent faire croire, elles en ont les capacités, elles en ont aussi les moyens.

Pourquoi TotalEnergies ?

Les raisons sont multiples et expliquées en détail sur le site du Farmer Case.

Il s’agit du premier raffineur et distributeur de Belgique. L’entreprise vient de confirmer la hausse de 4 % de sa production d’hydrocarbures en 2025. Elle est l'une des multinationales qui investissent le plus dans de nouveaux projets en énergies fossiles et qui engrangent des bénéfices colossaux au détriment du climat. Avec ses 30 bombes climatiques (des projets pétro-gaziers d’envergure qui vont peser trop lourd sur le budget carbone mondial restant), la multinationale française va à contre-courant des objectifs climatiques et des recommandations de l’Agence internationale de l’énergie. Elle se place en deuxième position du classement des compagnies reliées au plus grand nombre de projets d’extraction.

Oui, TotalEnergies investit dans les énergies de transition, mais cette part d’énergies vertes est dérisoire, en comparaison avec les investissements qu’elle mène actuellement ou en projet dans les énergies fossiles. Selon le rapport de l’ONG Reclaim Finance, en 2030, le pétrole et le gaz compteront toujours pour 80 % du mix énergétique produit de TotalEnergies, contre 95 % en 2021.

Ce qui est demandé à la justice

D’une part, une reconnaissance et une réparation du dommage subi sur la ferme en raison du dérèglement climatique. D’autre part, contraindre TotalEnergies à respecter un plan de transition crédible en phase avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris de maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5 degrés et arrêter tous nouveaux investissements dans des projets d'énergies fossiles. Les éventuels dédommagements gagnés seront directement reversés par Hugues à la coopérative Farm for Good, un réseau de fermes qui opèrent leur transition agroécologique.

Finalement, d’un côté, on demande aux agriculteurs·rices de changer leurs pratiques, d’être les pionniers de la transition agroécologique. Cette transition est nécessaire mais comment faire au mieux lorsque, de l’autre côté, nous sommes les plus exposés au climat ? La transition ne peut pas reposer sur les épaules seules des agriculteurs·rices en transition. La transition doit être collective.

 Vincent (éleveur et administateur), Anouchka et Adrienne (permanentes) de la FUGEA à la mobilisation de soutien avant l’ouverture des audiences.

Plus de 10.000 citoyens soutiennent Hugues Falys dans son action.


Manquements dans l’étiquetage de l’origine de produits alimentaires sur les eshops.