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Cadmium : les agriculteurs ne peuvent pas être laissés seuls face à une pollution historique

Le 18 septembre, la FUGEA a invité le ministre Yves Coppieters à la Ferme dans l’Assiette, à Olne, aux côtés de maraîchers de l’arrondissement de Liège et de Verviers, du Réseau Aliment-Terre de l’arrondissement de Verviers (RATAV) et de chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech. Au cœur des échanges : la contamination historique de sols agricoles wallons au cadmium. 

Contexte historique 

Le problème n’est pas nouveau. Certaines zones sont connues comme contaminées depuis les années 80 par les autorités publiques, en lien avec des activités industrielles. Ce dossier a toutefois pris une nouvelle dimension avec l’abaissement, en 2021, des teneurs maximales autorisées en métaux lourds dans certaines denrées alimentaires au niveau européen. Depuis, des agriculteur·rices ont été confrontés à des dépassements lors de contrôles de l’AFSCA ou d’autocontrôles. 

En 2014, les États membres avaient été consultés par l’Union européenne afin d’évaluer l’applicabilité de ces normes pour 2018. La Région wallonne n’a rien fait alors qu’elle aurait dû agir, soulevant la question de la responsabilité de la région dans ce dossier. 

Pour les agriculteur·rices concernés, la situation est particulièrement difficile. Travailler 80 heures par semaine pour ensuite détruire une partie de sa production ? Intenable économiquement et psychologiquement. Aujourd’hui, les agriculteur·rices ne disposent ni de solutions agronomiques éprouvées, ni de protocoles clairs pour gérer les productions non conformes, ni de mécanisme d’indemnisation. Le secteur agricole se retrouve ainsi seul face aux conséquences d’une pollution dont les agriculteur·rices ne sont absolument pas responsables. 

L’ampleur du problème dépasse largement quelques exploitations. L’administration wallonne estime que près de 48 000 hectares pourraient être concernés, soit potentiellement des centaines de fermes. Les retours de terrain montrent par ailleurs que la problématique ne touche pas uniquement le maraîchage, mais également les grandes cultures. 

Un problème complexe, sans solution toute faite 

Lors de la réunion, les chercheurs présents ont exposé les résultats de cinq années de recherche. Leur bilan : le transfert du cadmium du sol vers les plantes est particulièrement complexe. Les niveaux de contamination peuvent varier fortement d’une parcelle à l’autre, suivant également les caractéristiques des sols, et les cultures n’absorbent pas toutes le cadmium de la même manière. À ce jour, les mécanismes de transfert restent mal compris et aucune solution permettant de garantir la conformité d’une production n’est disponible. 

La recherche est donc indispensable, mais elle ne peut pas constituer la seule réponse. Les agriculteur·rices ont besoin de décisions et de solutions dès maintenant. 

Des réponses urgentes à apporter 

Pour la FUGEA, plusieurs mesures sont nécessaires : une cartographie claire des zones à risque et une information transparente des agriculteur·rices (y compris ceux qui s’installent) ; la reconnaissance publique de la non-responsabilité des agriculteur·rices et un mécanisme d’indemnisation ; des protocoles clairs pour les analyses et la gestion des productions non conformes ; ainsi que des moyens conséquents pour la recherche à long terme. 

Une coordination politique est également urgente entre les différents niveaux de pouvoir, y compris avec les autorités européennes, qui doivent être averties que les normes cadmium ne sont pas applicables sur une surface conséquente en Région wallonne. 

La rencontre avec le ministre a été constructive. Elle a permis de faire reconnaître que le cadmium ne peut plus être traité comme une succession de problèmes individuels. C’est désormais un enjeu à l’échelle de filières agricoles et de notre capacité à produire localement. 

La priorité reste évidemment la protection de la santé publique. Mais l’écoute doit maintenant déboucher sur des réponses concrètes : les agriculteur·rices et la pérennité de leurs fermes doivent être aussi protégés de cette pollution. Sans réponses adaptées, ce sont les initiatives de relocalisation de notre alimentation et les circuits courts qui sont menacés. 


Des dérogations réglementaires obtenues (CIPANs, BCAE 6, date épandage, tas de fumier, fauche de certaines prairies).